CV, 4 questions existentielles

Après les précédents articles ( et ) relatifs à la préparation d’un CV susceptible de passer sous les fourches caudines de la présélection, certains lecteurs m’ont adressé pas mal de questions par à peu près tous les canaux imaginables.
Dans la mesure où bon nombre d’interrogations se recoupaient, l’occasion est toute trouvée d’essayer d’apporter des réponses qui, je l’espère, pourront être utiles au plus grand nombre. Bien entendu, les éléments qui suivent n’ont pas vocation à être des solutions définitives. Gardez bien en tête que le contenu de votre CV doit avant toute chose s’adapter au besoin, et ce qui serait un avantage dans une situation donnéee pourrait jouer en votre défaveur dans un autre contexte.
Ceci étant dit, c’est parti!


  1. CV chronologique vs CV par compétences/thématique?

Autant commencer par le plus compliqué 😉
Usuellement, les recruteurs hexagonaux sont davantage habitués à la présentation rétrochronologique d’un parcours, et j’ai longtemps fait partie des recruteurs opposés aux CVs thématiques.

S’il est bien fait (Cf. les astuces présentées ici même il y a quelques temps), le CV chronologique est un outil polyvalent qui vous permettra de faire face à presque toutes les situations. Il a le mérite de la lisibilité, et la contextualisation (quelles actions dans quelles situations pour quels résultats) est censée donner un niveau d’informations suffisant pour votre lecteur. Mais parfois, la tentation est grande d’avoir recours au CV par compétences, pour de mauvaises raisons: céder à une tendance, suivre les recommandations d’un conseiller emploi qui ne jure que par ce modèle, imaginer qu’il sera un bon trompe l’oeil masquant une éventuelle faille dans le parcours, ou tout simplement palier à un manque d’inspiration pour valoriser son parcours et imaginer qu’il est plus facile de faire l’inventaire de ses skills. Si jamais vous puisez votre motivation dans un de ces critères, abstenez vous.

Reste que dans certains cas, et certains cas uniquement, le CV thématique peut être envisagé, à condition de mûrement le réfléchir avant et tout en gardant à l’esprit qu’il reste un exercice difficile:

  • Il peut servir à réharmoniser un parcours trop disparate, par exemple fait d’un empilement de multiples CDD.
  • Il peut être approprié pour les profils confirmés qui ont pu développer une expertise qu’il serait bon de mettre en avant.
  • En cas d’expériences longue avec une belle évolution dans la même société, il permet d’éviter les redites d’un poste à l’autre s’il y a des recoupements.

Avantage et inconvénients.png

Dans tous les cas, un CV par compétences répond aux mêmes exigences qu’un CV chronologique: il doit être synthétique, percutant et s’adresser à votre interlocuteur en parlant la même langue que lui. Par conséquent:

  • Pas de liste exhaustive ! Sélectionnez les compétences qui répondent aux attentes de votre interlocuteur, ou qui ont un rapport direct avec votre projet. Focalisez vous sur 5 points clés maximum.
  • Ne mélangez pas savoir-faire et savoir-être. Votre « esprit d’équipe » n’est pas une compétence, c’est une caractéristique personnelle.
  • Contextualisez, donnez des résultats, des exemples concrets dans la partie « expériences » de votre CV. Cette hybridation permet de garder le meilleur des deux modèles.
  • Oubliez cette forme si vous êtes un candidat junior.


2. Une page ou deux pages? Quel est le bon format?

Là encore, il y a des us et coutumes culturels à prendre en compte. Si dans certains pays anglo-saxons, la question n’importe finalement pas, il semble que ce soit un vrai casse-tête par chez nous.

larry david.gif

« 1 page? 2 pages? Aaaargh »

Coupons court au débat.

  • Si vous avez moins de 5 ans d’expérience: une page. Point final.
  • A partir de 10/15 ans, vous pouvez passer sur 2 pages. Par souci de clarté, essentiellement, et parce qu’à vouloir condenser vous risqueriez de passer aux oubliettes des éléments importants. Pire, vous pourriez décider d’utiliser une police inférieure à 9 et flinguer les yeux du recruteur. Et vous ne voulez pas ça, hein?

Et entre les deux, me demanderez-vous?
Eh bien ça dépend essentiellement de votre métier et de votre parcours. Certaines fonctions, comme consultant, impliquent une multiplication des missions chez divers clients et il peut être pertinent de s’affranchir de la page unique afin de mettre en avant les réalisations les plus intéressantes.
Mais si vous avez passé un temps certain et continu au sein de la même boîte sur un poste principal, privilégiez le 1 page.

Attention: l’impact de la seconde page est de loin inférieur à celui de la première. Souvenez vous que la première lecture durera très probablement autour de 40 secondes. Posez vous les bonnes questions quant à la hiérarchisation de l’information. Cela vaut-il le coup de développer longuement une expérience qui date d’il y a 20 ans? Même interrogation concernant votre formation initiale. Arrivé à un certain stade, et si les personnes en charge du recrutement ont un tant soit peu de neurones connectés, votre diplôme ne revêt plus d’importance. A moins que vous ne soyez issu d’une formation connue pour la force de son réseau ou, pourquoi pas, similaire à celle de votre future hiérarchie, mettez plutôt en avant les formations continues qui ont émaillé votre parcours.


3. Photo or not photo?

JAne Fonda.jpg

Jane F. semble avoir quelque chose à dire

A nouveau une question rituelle: faut-il ou non montrer sa bobine sur son CV?

Le débat fait rage. En 2011, une enquête du cabinet Robert Half indiquait que les recruteurs privilégiaient à 42% les expériences, puis la formation (21%) et enfin les compétences techniques (12%), pour un très faible 3% d’entre eux prêtant attention à la photo. Je vous l’accorde, ça sent un peu le politiquement correct dans un contexte de tentative d’éradication de la discrimination à l’embauche.
Rappelons d’ailleurs qu’une autre enquête plus ancienne, 2003, pilotée par mon grand copain Jean François Amadieu (dont je partage certaines idées sur la fonction RH mais qui est malheureusement l’auteur de l’exécrable DRH, Le Livre Noir) , montrait des résultats moins…policés: 82% des sondés (allez savoir qui) considéraient le look comme un critère de sélection, 64% l’apparence physique générale et 31% la couleur de peau.

Au regard de la loi, rien ne vous oblige à soumettre votre tronche à l’appréciation d’un recruteur. Reste que pour certains métiers / secteurs d’activité, le fait de demander une photo ne devrait pas vous faire bondir outre mesure si cela se justifie: métiers de l’accueil, de l’événementiel, vente ou poste en contact direct avec la clientèle, stewards et hôtesses, etc. Tout autre cas de figure s’apparenterait à une pratique discriminante.
In fine, la décision vous appartient, sachant qu’une photo peut induire un biais négatif.

Avant toute chose, posez vous les questions suivantes:

  • Suis-je photogénique?
  • Ai je une photo « pro » sous la main?
  • Est-ce que cela peut apporter une plus value à mon CV?

Si vous répondez « oui » à ces 3 questions, et que vous pouvez justifier de l’affirmative à la troisième autrement que par l’égo ou le narcissisme, allez-y 🙂
Attention toutefois à respecter quelques règles fondamentales dans le choix de votre photo:

  • Pas de selfies. Jamais. Et bien évidemment, duckfaces, fish gapes et autre blue steel méritent la peine capitale.
  • Pas de photo hors contexte. Ce qui veut dire ni photos de vacances, ni photos de soirées, même si vous êtes un pro de Photoshop. Ce qui s’est passé à Vegas reste à Vegas. Tant qu’on y est, même si votre chat ou vos enfants sont très mignons, ils n’ont rien à faire sur votre CV.
  • Faites appel à un pro, si vous le pouvez. Ca évitera les têtes façon « repris de justice » ou « figurant de The Walking Dead », un mauvais cadrage et une pixellisation infecte.
  • Le combo gagnant: fond neutre, habillé pro sans être guindé, rien d’ostentatoire (maquillage Kim Kardashian-esque ou coupe de cheveux de footballeurs si possible à proscrire), visage souriant mais déterminé, et un cadrage qui laisse de l’espace autour du visage.

4. Faut-il faire une lettre de motivation?

OUI !

Point suivant.

Bon, ok, arrêtons nous deux secondes. La lettre d’accompagnement est pour la plupart d’entre nous un exercice encore plus pénible que la rédaction d’un CV, d’autant qu’on peut tabler sur sa mise à mort un jour ou l’autre. Mais pour l’instant, elle fait partie des codes, qu’on le veuille ou non. Alors autant essayer de rendre ça agréable.

images

  • Voyez la lettre de motivation comme un entraînement à l’entretien. Sa rédaction est l’occasion de vous poser quelques minutes et de réfléchir à vos « avantages compétitifs » qui ne sont pas soulignés dans votre CV: votre savoir être et votre personnalité.
  • Il est formellement interdit de repomper une trame disponible sur le ouèbe. Les recruteurs les détectent à des lieues à la ronde, et ils n’aiment pas ça. Le simple fait de faire l’effort de la personnalisation vous démarquera de bon nombre de candidats. Et rien que pour ça, ça vaut le coup de travailler un peu.
  • A compétences égales, il y a des recruteurs consciencieux qui peuvent arbitrer entre deux dossiers grâce notamment à la lettre de motivation.
  • Si vous avez bien géré votre profil de candidat 2.0, des éléments de votre personnalité sont déjà accessibles aux recruteurs, et la lettre de motivation est une extension de votre story telling. Elle n’a donc pas besoin de faire 6537 mots.
  • C’est un terrain de jeu et d’expérimentation supplémentaire pour attirer l’attention de votre recruteur. Révélez-vous!
  • La lettre de motivation est un elevator pitch, la présentation complémentaire rapide, concise, argumentée et efficace de votre offre de services.
  • Pourquoi ne pas réfléchir à une forme différente? A un nouveau support? Il s’agit de montrer votre motivation (pour un poste et idéalement l’entreprise qui le propose), et cela peut passer par des choses moins conventionnelles.

 

Si vous avez des interrogations sur votre candidature et que les réponses exposées ici ne vous suffisent pas, n’hésitez pas à me contacter directement par mail: arnaud@adhcoaching.com

A très vite!

 

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